Voici une
interview parue dans le journal Le Progrès il y a quelques semaines et que j'ai trouvée particulièrement intéressante. En effet, on comprend un peu mieux comment les jeunes sont manipulés par des
intégristes fanatiques qui utilisent la religion pour faire passer des idées archaïaques tellement "humaines" (et plus du tout "divine") et dégradantes pour les femmes. Qui plus est, cet
article montre la difficulté de trouver une solution. L'interdiction pure et simple n'est peut être pas la meilleure idée qui soit, car cela risque de radicaliser les pratiques et "enfermer" les
femmes soumises au port de tels artifices.
Qu'on soit bien d'accord, je ne veux pas attaquer par cet article la religion Musulmane ni ceux qui la pratiquent correctement, dans le respect des autres et avec sincérité. Mais par contre,
je suis contre la bétise humaine qui veut avilir l'autre, surtout s'il s'agir d'une femme, pour jouir d'un semblant de pouvoir au milieu d'une vie misérable...
Extrait :
Vos sœurs portent le niqab (voile intégral), qu'on appelle aussi burqa. Comment est-ce
arrivé?
Mes parents sont musulmans, pas très pratiquants. Mes trois frères et
mes deux sœurs sont devenus salafistes. En 2001, mon frère aîné a fréquenté la mosquée pendant le Ramadan. Il avait 17 ans, et il était plutôt blagueur, comique, bon élève au lycée. Il a commencé
à être plus froid, plus distant. Il ne voulait plus manger les repas que préparait ma mère : il n'avait pas confiance dans le caractère hallal. Il partait tôt le matin pour prier, rentrait tard
le soir. Il ne disait plus bonjour à personne, surtout aux femmes : il ne saluait même plus ma tante. C'était le premier dans le quartier. On le regardait comme un extra-terrestre, mais ça a
finalement touché beaucoup de jeunes.
Et cela a touché le reste de votre famille
?
Oui, mon autre frère sortait de prison : il avait passé trois semaines
à Saint-Paul pour racket. Il était paumé, en échec scolaire. Ma sœur a mis le voile. Mon père était contre. Il disait «L'islam est dans le cœur, pas dans les apparences». Au début, elle a mis un
voile tout simple. Après le «djilbab». C'est le costume à l'iranienne : une tenue noire qui cache tout le corps, sauf le visage. Et puis le niqab.
Pensez-vous qu'elles portent le niqab en toute
liberté?
Mes grands frères ont eu une grande influence sur elles. Elles ont mis
le niqab quand elles se sont mariées. Mon frère leur a présenté un prétendant salafiste : ils se sont rencontrés trois fois, et ils se sont mariés. Moi, je ne connais pas leurs maris : je ne les
ai jamais vus. Quand ils viennent chez mes parents, je dois aller me cacher dans une chambre. Elles acceptent leur totale soumission à leur mari : elles pensent que ça garantit le bonheur du
couple et leur entrée au paradis.
Comment expliquent-ils leur comportement?
Ils pensent être sur le bon chemin. Le salafisme, c'est le retour à un
islam médiéval. Ils ont enlevé leur lit, pour dormir par terre comme le prophète. Tout est dans l'excès. Mes sœurs ont arrêté leurs études et déchiré leur permis de conduire. Si elles pouvaient
déchirer leur carte d'identité, elles le feraient.
Pourquoi ont-ils été séduits par le discours
salafiste?
Cela touche les jeunes qui n'ont pas vraiment reçu d'éducation
religieuse, qui ne se sentent pas français. Pour eux, les valeurs de la République, c'est du vent, parce qu'ils se sont sentis trop souvent discriminés. C'est une sorte de repli communautariste.
Mes frères et sœurs économisent pour quitter la France et vivre en Arabie Saoudite ou en Algérie. Même si les barbus ne sont pas bien reçus en Algérie : ma grand-mère ne les a pas laissés entrer
chez elle.
Quelles sont vos relations avec vos frères et
sœurs?
Mes frères m'ont reniée : je suis une mécréante. Pour eux, une femme
doit se taire et être totalement soumise. Je croise mes sœurs chez mes parents. Mais, elles ne viennent pas chez moi : je suis impure.
On parle d'interdire la burqa. Qu'en
pensez-vous?
C'est n'importe quoi. Mes sœurs ne sortent pas, elles vivent les
stores baissés pour qu'on ne les voie pas, et elles ne font même pas les courses. Leur interdire de sortir, ça va encore les enfermer davantage. Elles, elles pensent que c'est leur choix, leur
vie privée et l'interdiction serait une discrimination de plus. Moi, l'interdiction, ça me semble anticonstitutionnel, contraire à la liberté de la vie privée. Mais, je suis contente qu'on en
parle enfin, qu'on ouvre le débat. Parce que c'est un problème grave. Et le plus grave concerne les enfants. J'ai une nièce de 2 ans qui parle à peine. Elle ne joue pas dehors, ne voit pas le
soleil. Elle n'ira pas à l'école. Elle n'aura pas d'accès à la culture, à la vie. C'est ça le plus grave.»